Viol d’une lycéenne au Burkina : Trois élèves identifiés et à la gendarmerie

De jeunes garçons parlant mooré (une des langues nationales du Burkina), français, et voulant se « faire la passe » sur une jeune fille à moitié nue, couchée en plein air, filmée et qui n’est visiblement pas consentante. C’est le triste constat qu’il était donné de faire dans une vidéo qui depuis hier soir est énormément partagée sur les réseaux sociaux. 


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Qui sont ces jeunes ? Où la vidéo a-t-elle été faite ? Et qu’est ce qui est en cours comme actions à l’encontre des auteurs de ce qu’on pourrait qualifier de viol ?

Pour avoir réponses à ces questions, j’entame en cette matinée de vendredi, ma ‘’tournée’’ par la Gendarmerie de Paspanga. J’explique la situation au commandant de brigade de recherche Abdoulaye Savadogo, à qui que je fais voir également la vidéo qui défraie la chronique sur les réseaux sociaux. Quelques appels passés par ce dernier, et des pistes d’informations sont données. Les faits se sont déroulés dans une maison abandonnée à Ouaga 2000, les garçons qu’on aperçoit viennent d’un lycée situé dans le quartier patte d’oie de Ouagadougou. J’apprends également avec mon interlocuteur que les différentes familles, celle de la fille et celles du groupe de garçons, ont opté pour des pourparlers chez un « chef  traditionnel». Un règlement à l’amiable, c’est le terrain d’entente qui a été trouvé. Aussi impensable que cela puisse paraître dans pareille situation, c’est la solution choisie. Cela n’est malheureusement pas nouveau dans une société qui a toujours vu le viol comme une « honte » qui ne doit être connue, surtout pour la victime, qui est amenée à garder le silence, à cacher son mal être.

Que faire ? Quelle solution pour que ce comportement ne reste pas impuni ? « Malheureusement il faut que ce soient les parents ou soit la victime qui puissent venir déposer plainte » affirme le Commandant de Brigade. A défaut, le Procureur du Faso qui peut s’autosaisir de l’affaire.

Me voilà donc au Palais de justice. Le Procureur du Faso que je parviens à rencontrer après une première visite infructueuse, affirme avoir pris connaissance de la vidéo. A ma question de savoir si poursuite il y’aura, étant donné que les premiers concernés ont opté pour un « règlement à l’amiable », je m’entends dire, « Nous ne sommes pas concernés par le règlement à l’amiable ».

« Les auteurs vont répondre de leurs actes » annonce Maiza Sérémé.

Les garçons ont échappé à un lynchage au lycée

Ma tournée continue l’après midi, au sein de l’établissement scolaire que fréquente les jeunes garçons qui apparaissent dans la vidéo, qui j’apprendrai, sont au nombre de trois. Un élève de la classe de 4e et les deux autres, en classe de 3e. L’administration aurait eu l’information (vers fin janvier) mais n’aurait obtenu d’éléments qui attestent les faits. Aussi, « on a dit, ce sont les parents de la victime qui sont habilités à porter plainte ». Les élèves continuaient donc à suivre normalement les cours, jusqu’à ce jeudi 15 février. Date choisie par des frères de la fille qui auraient décidé d’en découdre avec les garçons et débarquent à l’ecole de ces derniers. Les fautifs échappent à un lynchage et sont confiés à la brigade de gendarmerie de Kosyam. Les choses s’étant aussi accélérées avec la mise en ligne et les partages sur les réseaux sociaux de la fameuse vidéo, l’école, identifiée par certains, est sous les feux des projecteurs. M. Sokoto, le responsable administratif du lycée affirme avoir reçu ce jour au moins trois visites. Parmi les visiteurs, une délégation envoyée par le ministère de la promotion de la femme, qui aurait décidé de prendre l’affaire en main (Lire également un récent communiqué du MFSNF). A la question de savoir la suite de l’affaire, « Le dossier est à la gendarmerie » répond-il. Les membres de l’administration ont également énuméré une problématique : de leurs dires, les faits ayant eu lieu hors de l’établissement, ils n’auraient pas une base légale pour sanctionner les fautifs.

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Dans cette capture d’écran de la vidéo partagée sur la toile, la lycéenne couchée à terre, se débattant 

Les trois garçons sont à la gendarmerie de Paspanga

De certaines informations reçues ce soir, le Procureur du Faso s’est autosaisi de l’affaire et les trois élèves sont à la gendarmerie de Paspanga. D’autres vidéos montreraient les deux autres garçons pénétrant la meme fille. Deux présumés complices, sont également annoncés pour être entendues.

Si l’affaire fait en ce moment l’actualité, la vidéo et les faits dateraient eux de plus d’un mois.

Aux dernières nouvelles également, une équipe de l’association des femmes juristes qui s’est rendu ce soir dans un autre établissement, cette fois, celui de la fille, a constaté à travers une affiche au tableau, que cette dernière a été expulsée de l’école. « Par mesure de protection », pour éviter des regards sur elle, aurait eu comme explication le surveillant général de l’école pour qui, il  s’agit plutôt de « porno ». L’équipe apprendra qu’avec le consentement des parents, il est question de lui faire changer d’établissement. L’adolescente de 15 ans est en classe d’examen.


 

Les présumés auteurs ont leurs ages compris entre 15 et 17 ans. Comment seront-ils jugés? Avis de l’avocat Me Benao : « En théorie, le terme mineur est différent du terme « enfant ». A partir de 16 ans, ils sont justiciables au Tribunal correctionnel. Ceux qui n’ont pas 16 ans, seront jugés par le Tribunal pour enfants. Pour les mineurs qui seront jugés par le Tribunal correctionnel, si les faits sont établis, ils risquent des peines criminelles pouvant aller jusqu’à 20 ans.

Au tribunal pour enfant, il n’y a pas de peines. On considère que c’est un enfant, qu’il faut travailler à resocialiser ».

28 commentaires

    1. Cher ami, voilà l’une des raisons pour lesquelles je suis extrêmement réservé sur l’immixtion de la féodalité dans les affaires de la république…
      La clarté doit être faite sur la séparation, en matière de Droit, entre la sphère coutumière et religieuse (féodalité) et la sphère juridique et administrative.
      Entre tradition et progrès, nous n’avons ni choisi, ni trouvé et explicité le juste équilibre.

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  1. Bonjour.
    Tout d’abord merci pour cet article très poignant et malheureux à la fois. Comment des jeunes à cet âge peuvent penser à poser un tel acte? Violer une fille ? Pire à plusieurs. A quel genre d’avenir se destinent-ils? Celui de criminels endurcis?
    Je suis toujours sous le choc, mais c’est ignoble. Seigneur, mais où va la jeunesse burkinabè? Non préoccupée par leurs études, elle est plus intéressée par ce genre de bestialité. Il est plus qu’urgent que ces jeunes soient punis comme il se doit car la pauvre victime restera traumatisée toute sa vie. Et aucune parole de réconfort ne viendra soigner cette peine profonde qu’elle aura beau enfouir. Alors chère autorité, s’il vous plaît, sauver la jeunesse burkinabè.

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  2. Donc si l’on résume :
    Cette gamine est victime d’un viol collectif.
    Ce viol est filmé. Probablement pour la faire chanter afin qu’elle garde le silence et que ces violeurs puissent continuer à la violer quand l’avis leur prend.
    Et la réponse de la société, consiste à la stigmatiser, à l’exclure de son établissement scolaire, à lui intimer l’ordre de se taire…
    Mais les violeurs eux, rien.
    Et tout cela, sous le haut patronage d’un « chef » féodal…
    A t-on au moins fait faire des tests de grossesse et de MST, VIH compris à cette jeune fille ?
    A t-on saisi l’occasion pour sensibiliser les jeunes de ces deux établissements sur le viol ?
    Quelle société !
    Et il s’en trouve des gens qui expliquent que tout cela serait une conséquence de l’impunité des politiques…
    À un moment donné, il faut se regarder en face. Cette société est archaïque et violente. Surtout envers les faibles. Tous les faibles :
    – pauvres,
    – femmes,
    – enfants,
    – handicapés,
    – homosexuels…
    Cette société est encore dominée par la féodalité, et les religions, et refuse la science, la connaissance, le Droit.
    Cette affaire en est le reflet, la synthèse.

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  3. Merci pour ton engagement. Déjà tu as bocoup fait. Nous espérons de tout coeur que les coupables de cet acte odieux seront punit à la hauteur de leur forfaiture. Vivement disons tous non à ces bassesses des plus ignobles.

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  4. Laissons les autorités Coutumières à leur place. À ce que je sache elles ne se sont pas auto saisies du problème comme dans bien d’autres cas passés. Vous avez vos problèmes et sollicitez leur aide,voilà,c’est tout. S’en prendre à la cheferie coutumière serait injuste vue que c’est une autorité morale. C’est un déni très grave de notre système judiciaire aussi qui est révélé ici. Les justiciables n’ont plus une once de confiance au système judiciaire dit moderne importé. Qu’ils aient la liberté d’aller là où ils estiment qu’ils seront satisfaits.

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  5. Félicitation pour ton combat si noble, vivement que ces coupables soient punis à la hauteur de leur forfait et que cela soit fort pour servir de lésons et dissuader ceux qui pensent que nous sommes dans un monde de fiction sans loi ni règle.

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