Témoignage de Norbert Zongo : son engagement vis à vis des droits humains en tant que membre fondateur du MBDHP

Les lignes qui suivent sont tirées de l’annexe du rapport BURKINA FASO:Un an après et toujours pas de justice d’ARTICLE 19, une organisation indépendante des droits humains qui travaille à travers le monde pour la protection et la promotion de la liberté d’expression. Un rapport de décembre 1999 à la mémoire de Norbert Zongo.

Dans cet entretien en date du 29 juillet 1997, Norbert Zongo parle de son engagement vis à vis des droits humains en tant que membre fondateur du Mouvement Burkinabé des Droits de l’Homme et des Peuples (MBDHP), une organisation à l’avant-garde de la lutte pour les droits humains. Il examine les problèmes auxquels sont confrontées les organisations non-gouvernementales du BurkinaFaso: comment peuvent-elles garder leur indépendance? comment peuvent-elles éviter de devenir élitistes?


Son arrivée au MBDHP

Je suis membre fondateur du MBDHP.

J’étais à la réunion constitutive du MBDHP. Le Burkina a connu beaucoup d’états d’exception depuis que nous sommes indépendants et je pense que c’est une ou deux fois et de façon très brève que nous avons vécu des états de droit. Donc la nécessité de créer un mouvement des droits de l’homme s’imposait au niveau des intellectuels. Je n’ai pas pris le train en marche; je fais partie de ceux qui étaient à la première réunion constitutive du MBDHP.

Ses expériences personnelles

J’étais journaliste avant Sankara, j’ai été journaliste sous Sankara . Je n’étais pas dans le privé.Avant et pendant Sankara, j’étais journaliste de l’Etat. Mais c’était au moment où il y avait la révolution, avec ses idées et ses façons de faire. J’ai travaillé pendant cette époque-là.

J’ai eu des problèmes politiques avant Sankara. J’ai même été arrété et tout ça – sous le régime avant lui. C’était pour des écrits aussi. Le mouvement des droits de l’homme est venu parce qu’il fallait qu’on crée quelque chose qui puisse résister. On a tous été victimes, plus ou moins,nous-mêmes avant la création du mouvement. Chez moi, c’était bien avant Sankara que j’aifait de la prison. J’ai été arrété plusieurs fois à cause des écrits, à cause des idées.

Le rôle du MBDHP sur la scène politique du Burkina Faso

Il faut définir le rôle que joue le MBDHP et le rôle qu’il doit continuer à jouer. Si on compte les acquis du MBDHP, c’est quand même beaucoup. Il a beaucoup apporté à la lutte pour l’émancipation de droits de l’homme au niveau du Burkina. Ça, c’est incontestable. Cela est dû à la volonté de beaucoup de gens, la volonté de chaque membre, la volonté de ceux qui se sont investis dedans et qui travaillent sans calculer, sans arrière-pensées, qui travaillent à partir de rien. Moi, par exemple, j’ai plusieurs fois fait des tournées de conférences sans demander qu’on me paie, même pas mon transport. Je paie moi-même mon transport. Telle section a besoin de moi pour donner une conférence, je vais donner une conférence là-bas avec mon argent. Je reste avec les camarades, on mange, et je reviens. C’est la volonté. Les gens se sontréellement battus et le MBDHP a apporté beaucoup dans la lutte des droits de l’homme au niveau du Burkina.

Maintenant, il y a un travail de fond qui doit être fait pour permettre au mouvement d’aller de l’avant. Il y a un énorme travail. Ça évolue. Il faut renforcer les structures. Il faut que le MBDHP, à mon avis, et ça c’est des propositions que je me fais, arrive à s’implanter dans les villages; que les textes du MBDHP puissent être commentés et écrits en langue nationale. Moi j’ai fait des conferences partout, mais je ne l’ai pas encore fait en langue nationale. Ils sont plus nombreux qui ne comprennent pas le français. Ce qui reste à faire est beaucoup plus important que ce qui a déjà été fait.

Il faut que le MBDHP forme des gens qui puissent à leur tour aller former au niveau de ces villages, au niveau de ces populations des campagnes.

Le MBDHP – une organisation élitiste?

Oui. Exact. C’est élitiste. C’est pour ça que je dis qu’il faut séparer ce que nous avons déjà fait de ce qui nous reste à faire. Il faut qu’aujourd’hui on tende vers ce mouvement là. Il y a déjàdes choses qui sont commençées. Par exemple, on traduit la constitution en langue More, enlangue Fufulde. Ça, c’est bien. Il faut que, déjà dès le village, s’il y a violation des droits del’homme, qu’il y ait une structure qui puisse l’amener jusqu’au niveau central.

Par violations de droits de l’homme, vous entendez surtout les droits civils et politiques?

Des droits civils et politiques, oui. Et, surtout, il ne faut pas se cacher les choses, du côté de la femme. Il faut que le MBDHP s’implique beaucoup plus dans les structures traditionelles, oùles droits primaires et élémentaires de la femme sont violés. Il faut qu’on arrive à ça. Mais, jene vois pas ça comme le MBDHP en train d’aller libérer les gens. Non, Il faut qu’on travaille àce que les gens se libèrent eux-mêmes.

La relation entre le MBDHP et le gouvernement

Si on reste élitiste, tôt ou tard on finira par être avec le pouvoir. On finira par essayer des compromis avec le pouvoir et ça, c’est toujours mauvais. Il y a un danger avec l’élitisme.

Le MBDHP a toujours lutté de façon très ouverte chaque fois qu’il y a violation des droits del’homme à ce que les chose reviennent en ordre. Mais, c’est à travers des négociations qui ne sont pas à la portée de tout le monde. Quelque chose se passe au sein du pouvoir, Halidou s’en va avec un groupe et discute avec le pouvoir. Ce n’est pas l’ensemble du bureau national du MBDHP qui est au courant. On ne peut pas demander l’assentiment de tout le monde de poser les questions avant d’aller discuter. Le plus souvent, le militant de base n’est pas au courant de ce qui a été fait, de ce qui a été donné. On sait qu’ils ont été discuter, mais comment ça s’est passé-Ils ont obtenu la libération des gens qui étaient en prison. Le problème n’est pas qu’on obtienne la libération, le problème est que ça soit dénonçé et que dans toutes les structures on sache qu’il y avait une faute qui avait été commise et que ça soit dénonçé. Mais si ça reste des discussions entre le bureau du MBDHP et le pouvoir en place, le militant ne sait plus si le MBDHP devient le conseiller du pouvoir ou si c’est le pouvoir qui est l’ami du MBDHP pour arranger les choses.

Cette année, j’ai fait je ne sais pas combien de conférences. Mais la question revient toujours. Les gens me posent la question: comment ça se passe? Quelles sont vos relations avec le pouvoir? Nous, on veut comprendre.

Délégués de l’Assemblée Nationale en tant que membres du MBDHP

Je vous ai dit que j’étais à la composition du MBDHP. Mais, le même jour de la formation du MBDHP, moi j’ai quitté avant la fin de la réunion. Je protestais parce qu’à l’époque, il y avait des gens du gouvernement qui voulaient être membres du bureau, notamment Salif Diallo et tout ça. Moi j’ai dit: si c’est cela que votre organisation va être, moi je m’en vais. J’ai dit: le jour où vous allez renvoyer tout ce monde-là, moi je reviendrais. Moi, on dit que je suis extrémiste et je n’accepte pas ça. Sinon on va finir par des compromis. Quand il est parti, je suis revenu. Je ne milite pas pour autre chose. Je milite pour les droits de l’homme. Je m’en tiens à ça. On ne peut pas avoir dans un mouvement des droits de l’homme quelqu’un qui contribue à faire des entorses aux droits de l’homme. Il faut être logique! Moi je ne veux pas de compromis. Si vous me dîtes que vous luttez pour les droits de l’homme, vous-même vous ne devez pas participer à un mouvement quelque part, à quelque chose qui fait entorse aux droits de l’homme. C’est ça la difficulté.

Un simple policier peut militer. On est même d’accord que les policiers militent. Mais aujourd’hui, quelqu’un qui fait parti du pouvoir, dont les décisions influencent-..(la situation des droits de l’homme) qu’il fasse parti du mouvement des droits de l’homme, c’est difficile.

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