«Nous devons arrêter les coopérations militaires bilatérales et ériger la CEDEAO en seul interlocuteur des puissances étrangères sur les questions de sécurité» (Dr Saidou)

Ce 6 février 2017 s’est tenu à Bamako au Mali, un Sommet extraordinaire des chefs d’Etat du G5 Sahel consacré à la situation sécuritaire dans la région.

Sur son compte Facebook, Dr Abdoul Karim Saidou s’est exprimé sur le sujet. Ci-dessous, l’analyse du politologue et chercheur.

Dr Saidou : Les chefs d’Etats du G5 Sahel envisagent de créer une force mixte pour lutter contre le terrorisme. Il y a quelques semaines à Niamey, les trois pays membres de l’autorité du Liptako Ngourma (Niger, Mali, Burkina) avaient pris une décision similaire. Il faut rappeler qu’une force mixte a été créée (et elle est déjà opérationnelle) par le Cameroun, le Niger, le Tchad et le Nigéria pour lutter contre Boko Haram. Nous avons au sein de la CEDEAO une architecture de sécurité la plus avancée en Afrique, en comparaison avec les systèmes existant ailleurs (Afrique australe, centrale, etc.). Demain c’est peut-être l’UEMOA ou le conseil de l’entente qui vont aussi créer une force militaire?  Pour vouloir multiplier les organisations pour faire la même chose?Pourquoi nos Etats dispersent leurs énergies de la sorte? Pourquoi ne pas se concentrer sur la CEDEAO qui est la plus expérimentée et dont l’Union africaine s’inspire d’ailleurs des mécanismes? La notion de Sahel ne correspond à aucune entité géographique précise et nous avons intérêt à nous concentrer sur une seule organisation, qui est selon moi la CEDEAO. C’est l’Union européenne, avec la stratégie de sécurité pour le Sahel, qui semble nous embarquer dans cette affaire de Sahel que nous ne maitrisons pas, alors que depuis les années 1970, nous avons fait le choix stratégique de bâtir notre développement par l’intégration régionale en créant la CEDEAO. Nous avons beau critiquer la CEDEAO, mais elle reste l’organisation régionale la plus dynamique en Afrique,  la seule option viable du point de vue économique, politique et sécuritaire. Elle a réussi à assurer son indépendance financière et prend en charge de manière autonome son fonctionnement, alors que l’Union africaine dépend encore de plus de 50% des fonds de l’Union européenne et de la Chine pour son fonctionnement. Nous ne pouvons pas avoir plusieurs stratégies sécuritaires mais une seule. Et je pense que si nos Etats se concentrent sur la CEDEAO, nous devons arrêter les coopérations militaires bilatérales et ériger la CEDEAO en seul interlocuteur des puissances étrangères sur les questions de sécurité. Si l’Union européenne veut coopérer avec nous, elle discute avec le commandement régional de nos forces armées basé à Abuja. La présence militaire française ne nous apporte rien du tout! La France doit quitter nos pays!  Nous devons avoir une armée régionale pilotée par la CEDEAO, pas de simples forces mixtes temporaires, sans cohérence véritable. Notre locomotive économique et militaire c’est le Nigéria, qu’on le veuille ou pas. C’est l’un des rares pays à disposer d’écoles de guerre et d’instituts d’études stratégiques. C’est comme ça que je vois les choses. La CEDEAO pourrait être l’embryon des Etats-Unis d’Afrique, mais il faudrait que les peuples se mobilisent, car c’est d’en bas que ce processus viendra. ça fait quand même plus de 60 ans que nous tournons autour du pot, allons-y pour une vraie intégration, allons seulement!!! y a rien même!!

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